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Approche historique de la poésie féminine de la guerre (1954-1962)
23/12/2008 02:33
Quand l’oralité exalte la modernité...
La poésie de la Guerre de libération (1954-1962) est l’une des formes d’expression populaire de la littérature orale. Celle-ci est l’expression globale du groupe social, d’une communauté. Elle traduit les préoccupations, les besoins, les rêves et les valeurs d’un peuple. En quelque sorte, elle est son miroir authentique.
Ceux qui ont exploré ce domaine « sont unanimes pour dire que là est concentré et que là s’épanouit l’âme du peuple» [1]. Ce genre de poésie préserve la mémoire de la communauté, et ce au fil des années et des générations. Les dépositaires de ce patrimoine, héritiers spirituels pour reprendre l’expression de Rabia [2], constituent des bibliothèques vivantes [3] et un trésor inestimable pour les chercheurs (ethnologues, anthropologues linguistes et autres)… Seulement voilà que ces dépositaires qui savent encore la perpétuer, en la vivant et en la faisant vivre, s’éteignent un par un et emportent tout avec eux : depuis le premier enregistrement de ces poèmes de la guerre en 1992, plusieurs de nos informatrices sont mortes, en emportant avec elles d’autres qu’on n’a pas pu sauver.
Confronté à la modernité, un ensemble de genres de littérature orale est aujourd’hui en voie d’extinction, toutefois laissant apparaître d’autres formes nouvelles, comme l’écrit Chadli : « Il est certain que la littérature orale est en train de changer, d’évoluer. Elle abandonne certaines traditions, certains genres devenus inopérants (...) En revanche, se développent d’autres genres de la littérature orale, plus adaptés à l’évolution du mode de société que le monde connaît aujourd’hui. Par ailleurs, on peut considérer que la radio, la télévision, la publicité et l’ordinateur, le multimédia de demain, sont en train de construire et de véhiculer de nouvelles formes d’oralité qui vont de l’oralité savante (entretiens, débats, causeries programmes de cultures de haut niveau ) à l’oralité populaire (variétés, jeux, shows à grand public, sport théâtre boulevard, humour) »[4] Les conditions socio-anthropologiques et politiques qui ont permis l’existence de la poésie de la guerre, sa diffusion et sa conservation, se trouvent interrompues à l’indépendance du pays en 1962. Aujourd’hui, seules celles qui ont participé à sa création et à sa diffusion peuvent encore a chanter ou la réciter. C’est pourquoi, la collecte de ces poèmes s’est faite exclusivement auprès des femmes qui les exécutaient pendant la guerre. L’éducation, l’instruction obligatoire des enfants et l’accès des femmes au monde du travail font que « les mères ne sont plus au même titre qu’auparavant transmettrices de savoirs. (...) Ces savoirs féminins se perdent, telle la littérature orale …»[5]. Ainsi, leur fixation est plus qu’indispensable.
Le passage à l’écrit est donc nécessaire, non seulement pour la sauvegarde, mais surtout pour le développement et la promotion de notre culture : «De toute évidence, la fixation graphique des œuvres a été déterminante dans l’évolution des grandes littératures : russe, française arabe, anglaise, espagnol etc.» [6]
La femme et la guerre
Contrairement à l’homme qui est souvent à l’extérieur, la femme s’occupe du foyer et de l’éducation de ses enfants. Le proverbe kabyle «Tameîîut d lsas argaz d ajgu alemmas », (la femme c’est la fondation, l’homme le pilier central), traduit très bien la place qu’occupe la femme dans le foyer et dans la société kabyle (on bâtit un foyer autour d’une femme). Par conséquent, elle est le maillon principal par lequel se fait la transmission de la langue, des traditions et de la littérature orale dans toutes ses composantes. Pour la première fois, la passion pour l’indépendance et la liberté se traduit par la lutte armée (1954-1962) avec l’implication du peuple tout entier. L’engagement de la femme dans cette guerre est total. Ainsi, « la wilaya III émerge avec une participation féminine très élevée : 35% des militantes pour 17,4% de la population »[7]. La wilaya de Tizi-Ouzou, occupe 73 % de la W III, soit 7119 militantes sur 9815 que compte la W III[8]. Si elle ne manipule pas ou peu les armes, on la retrouve, par contre, impliquée dans d’autres secteurs, assurant la logistique pour les maquisards. Elle est dans les renseignements, dans les liaisons, elle soigne, elle s’occupe du ravitaillement et même des refuges. Elle participe aussi, avec innocence à la propagande du FLN [9] par sa production de poésie de la guerre. Ainsi, la femme est à la fois l’agent principal de production et de transmission de celle-ci. Les exécutions, le sang en qui a coulé et les larmes qui sont versées ont inspiré plus d’une. Devant cette tragédie, les femmes ont composé un nombre de poèmes relatant la vie dans le village, les différents accrochages et batailles, avec des détails saisissants. Ainsi, les maquisards sont honorés et les ralliés sont blâmés :
Axabit
Win yellan d axabit
Ncallah leqder-is ye$li
Cfant ula d lxallat
Lbatel ixdem idelli
Ma yemmut ye$ba yisem-is
Ma yedder leqder ur t-is_i
Le traître
Celui qui fut un traître
Par la volonté de Dieu, il serait sans honneur
Les femmes se rappellent
Le mal qu’il avait fait
Mort, son nom serait ignoré
Vivant, il serait sans honneur
Cette poésie est née dans le contexte de la guerre et pour la guerre. Elle est l’œuvre collective de femmes analphabètes. La question : quelles sont les auteurs de ces poèmes ? Les femmes de cette poésie sont toutes unanimes pour dire (d nekti ak), (c’est nous toutes). Bien qu’elles se reconnaissent dans la production de quelques pièces (ce sont celles qui ont des prédispositions à la poésie plus que d’autres qui les ont composées) et elles affirment volontiers qu’elles ont contribué à leur diffusion, en les chantant dans des occasions. Elles en sont les principales émettrices. Chaque village à ses poèmes. Leurs cadres d’exécution dépassent rarement son aire géographique. Les pièces sont chantées ou déclamées en solo ou en groupe. L’auditoire est en parfaite communion, et les poèmes sont beaucoup appréciés et admis.
Nous constatons que l’auditoire de l’époque n’est sensible qu’à une fonction, celle du militantisme. Elle, le plus souvent de manière instantanée, offre un rôle politique de résistance : celui-ci est un moyen d’action que les femmes font innocemment pour mobiliser, galvaniser et apporter un soutien moral aux résistants et aux troupes dans ses luttes contre l’adversaire. Ainsi, « un moudjahid qui entend des youyous, des poèmes de la guerre, se prend pour un char d’assaut capable de foncer bêtement sur l’ennemi ; l’aspirant Aissa Blinde nous a avoué que lorsqu’ il entend des youyous, il perd la tête pour foncer droit sur l’ennemi en tirant debout sur les positions ennemies»[10]. C’est pourquoi, elles sont parfois utilisées à des fins politiques de propagande pour développer la prise de conscience nationale : lors des campagnes de sensibilisations le responsable politique fait appel à ces femmes pour les chanter.
Ces poèmes apportent aussi un soutien moral aux familles des maquisards, comme le montre ce poème :
Tilawin n yemjuhad
Tilawin n yemjuhad
Berkemt icidi lfuda
Irgazen-nnkent deg wedrar
Lmitrayuz a tesqaqa
Rebbi ad kem-isebbar a yemma-s
Ad am-d-yawi lhuriya
Femmes des maquisards
O femmes des maquisards !
Cessez de vous faire belles
Vos hommes sont aux maquis
La mitrailleuse à la main
Dieu réconforte la maman
Il est parti pour la liberté
Approche historique
Aujourd’hui plus que jamais, la fonction historique prédomine. La poésie de la guerre est importante, non seulement par son nombre, mais aussi par ce qu’elle représente en tant que produit historique qui servira l’histoire dans l’écriture des événements. « La poésie orale kabyle de résistance est une poésie historique, parce qu’elle prend son origine, dans une historicité certaine, elle est née d’événements historiques vécus »[11].
La collecte des poèmes s’est faite exclusivement, auprès des femmes qui les exécutaient pendant la guerre. Aujourd’hui, rares sont les femmes, qui les ont conservés. C’est pour cela qu’on fait appel à celles qui les ont vécus et chantés, car il n’y a pas eu de transmission avec la nouvelle génération, née pendant la guerre ou après l’indépendance. «Ces poèmes conservent un statut privilégié, ils ne sont récités et chantés que lorsqu’il s’agit d’évoquer une situation historique marquante», écrivait Ben Brahim. Ils sont restés figés dans leur temps, loin de toute manipulation. Ils sont restés authentiques, ce qui fait d’eux un élément incontournable pour l’écriture de cette histoire.
La littérature orale en général et la poésie de la guerre en particulier, deviennent donc l’auxiliaire de l’histoire : « …Non seulement, elle peut constituer un document historique, mais elle peut être aussi, comme une production historique, comme une histoire faite par ses producteurs»[12], écrivait Lacoste Dujardin. Il permet la description de l’évènement tel qu’il est vécu comme le montre le poème suivant :
Laak ikkren di sse_a
Ay teqwa lmuta
Kul yiwen isridim yezri-s
Yiwen yuli tazemmurt
Yewwet-d gher tmurt
Di sse_a idda le_mer-is
Yersa abernus n lubar
Aqrab yeccur d lakis
Wwin-t ar Larba a ttqelliben tamurt-is
Comme un éclair
Comme un éclair, l’accrochage
Fut meurtri
Tout le monde fut touché
Sur un olivier, un rescapé
Riposta vainement
Car il rendit l’âme sur-le-champ
Vêtu, de burnous de poils de chameau
Dissimulant ainsi l’argent du front
A Larba[13], on cherchait à l’identifier
L.R.
Enseignant de langue amazigh
Source : http://www.depechedekabylie.com/read.php?id=64515&ed=MTk5Nw==
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Les troupes du Colonel Amirouche, les chasseurs alpins et les Harkis "
25/02/2008 18:51
Prochainement aux éditions Publibook
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| Résumé : 1958. Iferhounène, un village kabyle suspendu dans les airs, face à l’imposant pic d’Azrou n’Thor. Un village, mais aussi un camp militaire français. Les chasseurs alpins d’un côté, les fellaghas de l’autre. Abdenour a alors huit ans. Avec ses yeux d’enfant, il assiste aux exactions dites pacificatrices de l’occupant. Au choix des rebelles. A celui des Harkis. A l’être humain en action… |
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Critique : Après « Fils de fellagha » et « La Guerre vécue par un chasseur alpin », Abdenour Si Hadj Mohand poursuit son travail de mémoire en dénonçant une fois encore le cauchemar colonialiste. Toujours aussi vibrant de colère et d’émotion, il apporte une pierre de plus à l’honneur d’un peuple algérien déchiré. Et s’il condamne, il cherche aussi à comprendre. A l’heure où certains veulent vanter les effets bénéfiques du colonialisme, il semble plus que nécessaire de se plonger dans cette leçon d’Histoire.
A les salutations fraternelles de l'Auteur A SI HADJ MOHAND, pour AREZKI -Tassaft http://www.publibook.com
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Guerre d'Algérie(Kabylie 1954-1962)
25/02/2008 01:38
Guerre d’Algérie 1954-1962 Accrochage à Iril El Arvi Iferhounéne Eté 1961, toute la région d’iferhounéne était plongée dans le noir d’une nuit fraîche sans étoile, ni clair obscur. À 150 mètres seulement du village est posté depuis 1956 le camp des chasseurs alpins entouré de fils barbelés et quadrillé aux quatre coins cardinaux par des blockhaus. Régulièrement les soldats roumi, accompagnés de supplétifs autochtones, venaient visiter le village non pas pour un Salem alikoum (1) plein de courtoisie pour ces kabyles à l’hospitalité légendaire, mais bien pour s'adonner aux fouilles et aux interrogatoires d’une population déjà fortement ébranlée par les premières exécutions sommaires et les fréquentes attaques nocturnes des éléments solidement armés du redoutable colonel Amirouche. (1) Salem alikoum : que le salut soit sur vous Cette horde de fse et fsna, vient souvent la nuit arracher brutalement à leur sommeil profond, ces montagnards innocents, primitifs j’allais dire sans aucune connotation péjorative. La trouille, la faim, le froid règnent déjà en maîtres absolus dans cette atmosphère de guerre, de mort. Cette nuit, ils étaient nombreux, ces fsna envoyés en renfort à partir de Palestro (2).Ces soldats français d’origine algérienne, on les appelait ici chez nous, les Imnouchens (2). (2) imnouchens : c’est le nom en kabyle donné aux supplétifs de la région de Palestro ( Lakhdaria) qui sont dispatchés sur d’autres régions de Kabylie Ces imnouchenes, vont se fondre dans cette compagnie composée de plusieurs sections de FSE, FSNA, et de harkis originaires des villages avoisinant. Il y en aurait même de nos voisins, sans doute un peu trop jeunes pour se manifester de façon agressive. Cette nuit qui restera gravée dans la mémoire de tous ces indigènes kabyles Sera témoin pour l’histoire de la Kabylie d’un violent accrochage entre fellaghas et les éléments supplétifs fsna, ces imnouchens, encadrés par les chasseurs du lieutenant HEIM. A contrebas du village iril El Arbi (Ath ARVI en kabyle) à 1 km à peine à vol d'oiseau et à moins de 3, en empruntant la piste carrossable et sinueuse, un dur accrochage venait de se produire, opposant un groupe de maquisards retranchés dans une grotte au lieu dit thilmanthine (3), aux militaires français qui les avaient encerclés. (3) thilmathine : champ situé à contrebas du village ATH ARVI, et surplombant le village TIKILSA, sur le trajet de l’oued Tirourda.Ce nom de camp, comme, il est courant chez les kabyles, est donné pour signifier les prairies. Cet accrochage va mobiliser des renforts militaires mais aussi des hommes kabyles puisés dans la population civile. Le repère des fellagas cerné, mis dans un état de siége, attendait des renforts et des munitions du camp d’iferhounene. Il était à peine 6 heures ou 7 heures du soir. Une section complète des chasseurs alpins, dans laquelle figurait le redoutable harki du nom de Mohand T s’est déplacée au village vers 8 heures du soir pour réquisitionner, hommes et bêtes de somme, et mon frère abdallâh, Houche Tahar, Si Hadj Mohand s, Belkadi A, Samer M feront partie du lot. Ils seront sans doute utilisés comme instruments, moyens ou Simplement comme chair à canon dans cette sale besogne : assurer l’acheminement des caisses de munitions, et des rations alimentaires pour ces embusqués dans la forêt au pied du piton sur lequel de loin, nous apparaissait, perché au sommet, le village Iril El Arbi. (4) (4) Iril El Arbi : nom donné par la France coloniale au village kabyle ATH Arvi , situé entre les villages de Soumer et Iferhounéne. Le chemin emprunté, accidenté, s’étirant sur un relief escarpé, avait été bifurqué sciemment pour éviter tout accrochage ou embuscade qui seraient provoqués par la présence d’éventuels groupes de fellaghas qui font légion dans cette partie du territoire. Le convoi doté de bêtes de sommes devait emprunter un itinéraire des plus irréguliers, pour tromper sans aucun doute la vigilance des guetteurs kabyles qui se sont montrés très efficaces dans leurs missions courageuses et dangereuses. Au départ du village, le harki notoirement connu en l’occurrence Mohand T. commençait à proférer des menaces en direction de mon frère Abdallâh qui devait avoir à cette époque à peine 17 ans. Il avertit d’emblée les autres supplétifs et harkis en le désignant tout de go, qu’il ne fallait , en aucun cas faire confiance à un frère doublé de fils de fellagha, à ce jeune à la tête dure et dont les prédispositions à devenir terroriste ne trompent personne. Son frère, son père, son oncle et ses neveux sont des maquisards de première heure, et tous sans exception ont été abattus, pour le grand bonheur de la France coloniale certes mais non pour ce harki qui se bat pour une cause perdue d’avance au mieux, au pire pour un idéal qui n’en est pas un. On s’avisa, bien sur , vite de l’isoler du reste du groupe de civils kabyles réquisitionnés pour cette opération - le harki Mohand Précisait de plus en plus sa menace de tuer mon frère dans le cas ou il ne coopérerait pas. Il s’adressa à lui en ces termes, pour, d’abord le terroriser : - « Avec la volonté de Dieu, ce sera aujourd’hui ton dernier jour. tu ne reviendras pas vivant de cette opération. je te le promets » La réponse de mon frère ne s'était pas faite attendre et , le moins que l’on puisse dire est qu’elle était chargée de toute la rage et du dégoût que l’on doit à cet ennemi , le colonialisme français ,qui l’avait déjà privé de tous les soutiens dont il pouvait avoir besoin dans pareilles situations de guerre : son frère Chérif tué en 1957 au village Mahmoud , son père Hanafi , froidement assassiné , sa tante Zineb , tuée dans une embuscade ,à Ait Ouatas lors de l’opération jumelle, son oncle Mohand Ouamar tué dans un accrochage non loin de Bouessaoud , à la même époque , son neveu Mbarek également tué dans une embuscade non loin de ichariden en 1960. Sa voix se fit alors défiante, entrecoupée de sanglots, il perdit à ce moment, toutes ses inhibitions devant cet ennemi ignorant le bon sens et la logique des choses. Il cracha alors son dégoût dans un ultime courage d’un jeune homme dont on s’attelait à briser la personnalité, la virilité, l’existence même en tant qu’homme. Son équilibre psychologique risquait alors de prendre un coup, et il ne pourrait s’en remettre de cette épreuve qui était faite pour le marquer à jamais, s’il s’en sortait vivant. C’est le traumatisme irréversible, ce que les stratèges coloniaux font passer dans leur opinion publique en usant de termes cyniques, effrontés et éhontés : les dégâts collatéraux. Il était dans un état second , et il avait un instant perdu tous ses freins psychologiques,et dans une sorte de prière adressée à Dieu ,pour une dernière fois , s’adressant au harki qu’il arrosa copieusement de paroles assassines ,mais néanmoins venues du fonds du cœur : - « Si Dieu le veut bien, tu périras avant moi ! Oh Mohand T. Je suis très confiant en Dieu, et quelque chose me dit que tu seras mort avant moi. Donc je survivrai bien longtemps à toi. Tu auras tout le temps de le vérifier ». En effet, la suite des événements, et l’avènement de l’indépendance nous confirmerons que cette prière sera non seulement entendue mais qu’elle sera exaucée dans des conditions horribles. Dieu n’a t-il pas été clément envers les égarés ou bien a-t-il réservé au péché le châtiment idoine ? A cette réplique Mohand T réagis avec stratégie pour se venger de ces offenses venant d’un fils de fellaghas, d’abord en encaissant le coup, et ensuite en tentant d’exposer sa victime à la vindicte des harkis, fsna et fse tous confondus. Les soldats présents, emportés par le manége de Mohand T qui avait mis toute la force de ses arguments et son énergie pour attirer la méfiance sur lui en le présentant comme un fils, également un frère, ensuite un neveu de fellaghas. puisque toute la famille est considérée « famille de fellagas ». En effet cela se justifiait amplement dans les faits. Les arguments que ce harkis haineux avait déployés ne nécessitaient pas trop d’efforts et valaient autant de preuves irréfutables, pour être acceptés, avalés même sans difficulté par cette bande très encline à tuer tout ce qui leur paraissait à leurs yeux, de prêt ou de loin, ressembler aux fellaghas, dans ce bled qui, pourtant les a vus naître et souffrir et grandir. Il finit donc par faire admettre aux autres soldats que ce jeune Abdallâh n’était autre qu’un indicateur des « fels » (5), et donc un futur fellagha en puissance. (5) Fels : diminutif de fellaghas : mot utilisé par les colonialistes pour designer les maquisards algériens. les artisans de la colonisation usent beaucoup de termes méprisants comme : fellouzes, les rebelles, les terroristes. On isola abdallâh des autres et on l’attacha à un des ânes qui ont servi à transporter les munitions et les provisions alimentaires sur les lieux où se déroulait le bouclage. toute la nuit durant , tout ce monde attendait le lever du jour pour lancer une offensive sur les éléments FLN , encerclés depuis déjà plus de 24heures, retranchés dans ce trou qui surplombe la position des militaires de l’armée française., sans que ceux ci puissent les atteindre.. Un véritable siège qui a duré jusqu’au matin. Les 3 maquisards ne pouvaient alors s’échapper du trou dans lequel ils s’étaient terrés. A ce moment, les éléments qui encerclaient la grotte se mettent à attaquer nos 3 djounouds usant d’un feu nourri de toutes leurs armes y compris le gaz asphyxiant. « Les rebelles » acculés sans doute par la puissance de feu et bientôt la raréfaction de l’air à l’intérieur de la grotte à cause de la fumée qui avait envahi l’atmosphère. gênés dans leur respiration par les gaz,ils se sont mis à tirer presque au hasard et subitement, nous voyons, l’un d’eux surgir du trou de la grotte, donnant l’impression d’être éjecté, propulsé par une catapulte. Il fut accueilli en l’air, par un feu nourri. Et pendant qu’il culbutait dans l’espace, il tressautait à l’impact des balles des armes qui continuaient à déverser sur lui un déluge de feu. Il continua son vol plané sur une distance de plus de 100 mètres pour atterrir dans une cuvette, une sorte de bassin rempli d’eau de rivière d’une profondeur de 1 mètre. On pouvait alors très visiblement distinguer le corps de cet homme de corpulence, Ouazzeddine, un natif de Taourirt BOUDHELES, un village non loin de TIFILKOUT. Mitraillette aux poings, il atterrit au sol la tête en bas et les pieds en haut, au bord du bassin du roumi, en kabyle thamdha ouroumi (6) sa mitraillette lui ayant échappé des mains ira se flanquer contre le talus, quelques mètres plus haut que son corps terrassé par les balles assassines qui ne cessèrent de lui transpercer le corps. (6) Thamdha Ouroumi : traduit littéralement : la mare du Roumi, un espèce de bassin naturel formé dans l’oued Tirourda. À cet endroit la profondeur de l’eau pouvait atteindre pus d’un mètre. A ce moment, Plus aucun tir, un silence macabre envahit l’atmosphère. On obligea alors mon frère à descendre au fond de la rivière ou gisait le corps inanimé du moudjahid.un homme robuste ,80 kg, beau, perdant son sang dans le bassin débordant d’eau de rivière. Il devenait de plus en plus clair,et sa peau prenait une couleur argentée, en même temps que son visage s’illuminait,pour donner l’impression d’un enfant qui dormait d’un sommeil tranquille, un bébé détendu , à qui ne maquait que le sourire pour rayonner de toute son innocence et sa splendeur. Il venait de nous quitter, pour de bon, et les multiples tentatives pour le remonter au niveau du groupe qui juchait au-dessus de la tête de Abdellah, mon frère, ont été vaines tant cet homme paraissait, à cause de l’effet de l’inertie, peser plus de 200 kg. d’une part , et le relief escarpé ; ne permettait même pas d’essayer de crapahuter avec un poids de cette taille sur le dos, d’une autre part. On commença alors à lapider mon frère du haut du talus, en se moquant de lui. Pendant qu’il essayait en vain de remonter ce corps qui, maintenant a perdu tout son sang et, devenu très clair et brillait à la lumière du jour, on dirait un poisson argenté qui scintille aux rayons du soleil, on ordonna à mon frère de desserrer la ceinture du mort et de récupérer ses rangers.Ce qu’il fit sans protester. Pendant ce temps, les harkis continuaient de lapider, en bas, mon frère. On lui demanda de reconnaître le fellagha.en vain. Mohand T s’improvisa alors meneur de l’interrogatoire : - « le connais tu ? » demanda t il à mon frère. - « non ! » lui répondit il, sèchement. Vers 10 heures trente, arriva alors sur les lieux, le lieutenant Boucher en provenance du camp…. Il vint immédiatement aux informations.Un compte rendu rapide lui fut fait par les harkis zélés. Et c’est à qui narrer les faits le plus promptement au lieutenant. : 3 MORTS, dont 2 par asphyxié à l’intérieur de la grotte. Tous fellaghas armés. deux seront vite identifiés par nos villageois sans que les militaires n’aient obtenu de précision : Hormis celui dont nous avions parlé plus haut , enl’occurrence Ouazzeddine , le deuxième , Ali serait d’origine de Ait NZER , un village non loin de Ahdouche.Quant au troisième personne ne pouvait donner une quelconque indication à son sujet.Observant la situation lamentable dans laquelle se trouvait ce jeune kabyle de 17 ans, mon frère en l’occurrence, Le lieutenant qui venait d’arriver a vite compris qu’il pouvait être en danger de mort. , en voyant l’acharnement des soldats fsna.il ordonna alors à tous les soldats de cesser ce manège. Quelques Imnouchens continuaient cependant de lapider donnant l’impression de se ficher royalement de leur supérieur. Pris dans un accès de colère, le lieutenant menaça alors quiconque continuerait de lui désobéir. il ordonna que l’on cessa toute agressions contre mon frére.il prit alors l’initiative du commandement et demanda du haut du talus, à Abdellah , pendant que ce dernier continuait à tenir compagnie au cadavre du fellagha : « est ce que vous pouvez comprendre ce que je peux vous dire ? ».MOHAND T s’empressa de traduire en kabyle les paroles du lieutenant en assortissant ces paroles de menaces. « Il te demande est-ce que tu vas répondre à ses questions en disant la vérité ? » Réponse de mon frère Abdellah en kabyle : - « mon lieutenant, il veut me tuer ! » Le lieutenant Boucher : - « demande lui de choisir quelqu'un pour lui traduire ce que je dis ».on lui expliqua ce que venait de dire le lieutenant .Il s’empressa, cependant de répondre toujours en langue kabyle : - « expliquez à mon lieutenant que je ne peux accepter comme interprète ni Mohand T ni Y.M, Ni BM, » Le lieutenant : - « alors qui veux tu prendre comme interprète pour te faire comprendre ? ».Et mon frère Abdellah de répondre : - « je veux que ce soit Mohand Ouidir Ath M qui traduise ce que je dis au lieutenant et qui m’explique ce que me réponds le lieutenant" » Alors le lieutenant commença à poser ses questions - « pouvez vous reconnaître le corps de ce fellagha mort qui est devant vous ? » Le supplétif MOhand Ouidir Ath M traduisit cette phrase non sans encourager mon frère : - « Écoute !il te demande si tu connais cette personne qui gît devant tes pieds, vas y parle ! Ne soit pas effrayé. Tu n’as rien à craindre. J’arrangerai la traduction. Il te suffit de remuer les lèvres, le reste je m’en occupe » En même temps qu’il traduisait Mohand Ouidir Ath M. encourageait mon frère.Reprenant son courage à deux mains, mon frère finit par dégeler sa situation et se mit à déverser toute sa rancune sur ce supplétif, qui lui avait jusque là rendu la vie très dure, en l’occurrence Mohand T, puisque l’occasion d’or venait de lui être offerte par ce harki et non moins patriotique Mohand Ouidir ath M. Pris dans cet élan sentimental, il finit par se hasarder dans une aventure de discrédit du terrifiant Mohand T. - « écoute Mohand Ouidir Ath M , je te demande de traduire intégralement ce que je vais dire au lieutenant Boucher , que j’ai été frappé et menace par Mohand T. dis lui qu’il a juré de me faire la peau, vas y traduit, je t’en supplie Mohand Ouidir ! » Sans attendre la traduction, le lieutenant avait saisi quelques mots qui pouvaient suffire pour comprendre le danger qui guettait mon frère. Suite à cela, il ordonna ferment à tous, en martelant ses mots : - « je vous avertis cette fois, que s’il lui arrive quoique ce soit à ce jeune, vous me le payerez très cher ». Le lieutenant savait tout sur mon frère. Quand on est lieutenant de SAS, inutile de se faire narrer que ce jeune Abdellah était bel et bien issu d’une grande famille de fellaghas. Il savait que le qualificatif dont l’affublait le Harki , le futur fellagha , disait il à qui veut l’entendre, n’était qu’une psychose d’un individu qui se sentait rangé du coté d’une cause qui n’était pas la sienne, et, qui plus est, cette cause ne pouvait le servir dans l’avenir. Mohand T avait senti, ce jour que le pouvoir ne lui appartenait pas et que ses méfait, sa capacité de nuisance étaient, tout de même, limités par L’ordre colonial qui, lui, avait un autre objectif, un autre dessein que de satisfaire l’esprit agressif et belliqueux d’un kabyle faible d’esprit, ignorant ses origines et n’envisageant aucune perspective claire d’avenir pour ses propres idées si tant est qu’il en avait quelques unes. L’histoire retiendra également que ce supplétif zélé ne profitera pas des effets positifs de la France coloniale
Extrait du livre « Kabylie : la guerre vécue » 1954-1962
Du même auteur :
1. fils de fellagha
2. La guerre franco algérienne dans la poésie populaire kabyle
3. la guerre vécue par un chasseur alpin en kabylie
4. les troupes du colonel Amirouche
5. la Kabylie : la guerre vécue-1954-1962
http://www.publibook.com
Merci à Si Hadj Mohand pour cet article.
Adresse Mail : sihadj.abdenour@hotmail.com
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Commentaire de sihadj.abdenour (29/02/2008 01:30) :
Tadmait entre deux epoques
Par
Abdenour si hadj Mohand
Extrait de l’ouvrage « les voleurs d’enfance »
Je me suis levée tôt aujourd’hui, je dois aller au travail. Les autres,
qui ne sont pas en âge de travailler, comme les écoliers et les étudiantes,
sont en vacances, mais les difficultés de la vie ne veulent pas, ici
prendre congé des adultes. Je m’ennuie à mort. Nous sommes trois dans la
structure, les ateliers artistiques ne sont pas fonctionnels mis à part le
club enfants où nous devions prendre en charge juste une douzaine
d’enfants. Ma collègue responsable du club enfant étant en formation. Je ne
la remplace pas. Certes, je n’ai pas ses compétences, mais je donne un coup
de main à l’animatrice vacataire qui travaille au club, histoire de ne pas
laisser ces vulnérables créatures dehors pendant les vacances scolaires.
Malheureusement nous ne pouvons pas tous les prendre en mains et ne
pouvant embaucher plus d’animateurs. la demande est là on ne peut la
satisfaire , c’est clair mais j’espère que ça ira mieux par la suite et que
la direction de cette structure tiendra compte de la demande des habitants
en mettant en place des activités en filigrane tant attendues par les
habitants du quartier.
Je n’ai pas fini de parler de Tademaït et son processus de développement
social et sociétal, de cette Algérie profonde. Eventrée de toutes parts,
Tademaït a changé d’apparence, elle a été formatée déformatée, transfigurée
et puis défaite et reconstruite. Elle a été rangée puis dérangée, puis
encore dérangée dans sa configuration. Chacun a voulu lui donner son style.
Je veux dire les gouvernants successifs de cette mairie. Elle est devenue
méconnaissable .Les saletés jonchent les trottoirs. Les rues larges de
Tadmait ne sont pas entretenues. Quand j’étais jeune, il y avait deux
agents d’entretien chargés de nettoyer les rues. Nous étions propres malgré
notre pauvreté. Ma ville était propre, elle avait en plus un charme
pittoresque. On aurait pu en faire une ville touristique avec sidi Ali
Bouneb et créer des emplois pour les jeunes dans la restauration,
l’hôtellerie, dans l’accueil dans beaucoup de domaines aussi. On a misé
sur rien ici, sauf une usine de produits alimentaires, les pâtes, la
semoule, il n’y a plus de blé à Tademaït et je ne comprends pas. On aurait
pu miser sur les produits de cette vallée et mettre en place une micro
économie permettant de faire évoluer l’agriculture. La nappe phréatique de
Tademaït étant très importante, ma parole, je pense que l’on soit en train
de régresser à pas de géants.
Tademaït a perdu sa tranquillité d’antan, elle est devenue une ville de
commerçants et, tous les deux mètres un commerce étale des produits turcs
ou syriens : vêtements parures, comme si on n’était pas suffisamment
intelligents pour créer. Alors, on achète nos produits vestimentaires en
Syrie ou en Turquie quant ce n’est pas dans les pays du golfe. Des
vêtements pendouillent partout, quel cirque ! Quant au prix ma foi c’est à
s’arracher les cheveux par rapport aux revenus. Il n’y a aucune
comparaison. Les salaires sont très bas alors que les prix des produits de
consommation de base flambent. Je tire chapeau au peuple qui a, en
définitive réussi une prouesse : celle de se nourrir et se tenir debout,
construire des maisons. L’état étant lacunaire dans la construction de
logements, alors, il autorise la construction individuelle en vendant des
terrains agricoles. A travers tout le territoire algérien on voit des
villas qui poussent comme des champignons mais qui ne finissent pas. Il y
en a des villas. Des carcasses de villas qui sont là depuis 30ans, quand
ce n’est pas plus. Leurs propriétaires habitent le réz de chaussée et le
haut reste vide. Les moyens ne permettent pas de finir les travaux. On
attend que les enfants grandissent pour que cela finisse Incha Allah.
sihadj.abdenour@hotmail.com |
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Commentaire de sihadj.abdenour (29/02/2008 01:31) :
Tadmait entre deux epoques
Par
Abdenour si hadj Mohand
Extrait de l’ouvrage « les voleurs d’enfance »
Je me suis levée tôt aujourd’hui, je dois aller au travail. Les autres,
qui ne sont pas en âge de travailler, comme les écoliers et les étudiantes,
sont en vacances, mais les difficultés de la vie ne veulent pas, ici
prendre congé des adultes. Je m’ennuie à mort. Nous sommes trois dans la
structure, les ateliers artistiques ne sont pas fonctionnels mis à part le
club enfants où nous devions prendre en charge juste une douzaine
d’enfants. Ma collègue responsable du club enfant étant en formation. Je ne
la remplace pas. Certes, je n’ai pas ses compétences, mais je donne un coup
de main à l’animatrice vacataire qui travaille au club, histoire de ne pas
laisser ces vulnérables créatures dehors pendant les vacances scolaires.
Malheureusement nous ne pouvons pas tous les prendre en mains et ne
pouvant embaucher plus d’animateurs. la demande est là on ne peut la
satisfaire , c’est clair mais j’espère que ça ira mieux par la suite et que
la direction de cette structure tiendra compte de la demande des habitants
en mettant en place des activités en filigrane tant attendues par les
habitants du quartier.
Je n’ai pas fini de parler de Tademaït et son processus de développement
social et sociétal, de cette Algérie profonde. Eventrée de toutes parts,
Tademaït a changé d’apparence, elle a été formatée déformatée, transfigurée
et puis défaite et reconstruite. Elle a été rangée puis dérangée, puis
encore dérangée dans sa configuration. Chacun a voulu lui donner son style.
Je veux dire les gouvernants successifs de cette mairie. Elle est devenue
méconnaissable .Les saletés jonchent les trottoirs. Les rues larges de
Tadmait ne sont pas entretenues. Quand j’étais jeune, il y avait deux
agents d’entretien chargés de nettoyer les rues. Nous étions propres malgré
notre pauvreté. Ma ville était propre, elle avait en plus un charme
pittoresque. On aurait pu en faire une ville touristique avec sidi Ali
Bouneb et créer des emplois pour les jeunes dans la restauration,
l’hôtellerie, dans l’accueil dans beaucoup de domaines aussi. On a misé
sur rien ici, sauf une usine de produits alimentaires, les pâtes, la
semoule, il n’y a plus de blé à Tademaït et je ne comprends pas. On aurait
pu miser sur les produits de cette vallée et mettre en place une micro
économie permettant de faire évoluer l’agriculture. La nappe phréatique de
Tademaït étant très importante, ma parole, je pense que l’on soit en train
de régresser à pas de géants.
Tademaït a perdu sa tranquillité d’antan, elle est devenue une ville de
commerçants et, tous les deux mètres un commerce étale des produits turcs
ou syriens : vêtements parures, comme si on n’était pas suffisamment
intelligents pour créer. Alors, on achète nos produits vestimentaires en
Syrie ou en Turquie quant ce n’est pas dans les pays du golfe. Des
vêtements pendouillent partout, quel cirque ! Quant au prix ma foi c’est à
s’arracher les cheveux par rapport aux revenus. Il n’y a aucune
comparaison. Les salaires sont très bas alors que les prix des produits de
consommation de base flambent. Je tire chapeau au peuple qui a, en
définitive réussi une prouesse : celle de se nourrir et se tenir debout,
construire des maisons. L’état étant lacunaire dans la construction de
logements, alors, il autorise la construction individuelle en vendant des
terrains agricoles. A travers tout le territoire algérien on voit des
villas qui poussent comme des champignons mais qui ne finissent pas. Il y
en a des villas. Des carcasses de villas qui sont là depuis 30ans, quand
ce n’est pas plus. Leurs propriétaires habitent le réz de chaussée et le
haut reste vide. Les moyens ne permettent pas de finir les travaux. On
attend que les enfants grandissent pour que cela finisse Incha Allah.
sihadj.abdenour@hotmail.com |
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Instantané de la guerre de libération .
21/01/2008 00:52
Je me souviens très bien de ce jour, vers les années 1960. Alors que nous campions tous ensemble, mes frères et mes cousins, au champ dit Tamazirt – sur le versant sud du village Iferhounène – à 150 m seulement face au camp du même nom.
Nous étions en train de garder l’unique chèvre qui restait de notre bétail, de notre fortune laissée par nos parents, happés par le colonisateur, lorsqu’une compagnie complète composée de soldats français d’origine européenne et de quelques harkis notoirement connus passait juste devant nous, en colonne, en direction de leur bivouac. Le hasard n’a pas pu éviter l’événement sempiternel de se produire à ce moment précis, cette chamaillerie qui mettait souvent aux prises, de façon presque cyclique tel un syndrome pathologique, mon cousin Yazid, 10 ans à peine et, son frère Messaoud, 8 ans.– la bataille faisait déjà rage entre les deux frères ennemis quand les premiers soldats venaient de franchir l’endroit où nous étions surpris par cette file indienne de roumis égrenée de harkis. Messaoud, mon cousin l’intrépide, le nerveux aux réactions épidermiques, a la mémoire prodigieuse – il avait tout de même et surtout une facilité déconcertante à retenir les noms des personnages célèbres ou de ceux de larrons que des événements ont rendus tels, à des occasions exceptionnelles.C’est ainsi qu’il pouvait retenir dans sa petite mémoire d’enfant indigène non seulement tous les noms des harkis de la région mais aussi et particulièrement des hauts gradés du FLN et de l’armée française de l’époque – nous étions déjà en 1960 – et notre enfant terrible n’avait que 8 ans – soit deux ans de moins que nous-mêmes. Des noms comme celui de De Gaulle, de Lacoste, ou encore Eisenhower (Américain) n’avaient aucun secret pour lui. Messali Hadj, Abane Ramdane ou autres, non seulement il les connaissait très bien mais il pouvait leur adjoindre les caractères saillants de leur personnalité, de leur physionomie. Ainsi, De Gaulle, pour lui, était très long et avait un nez qui était hors du commun. Il disait souvent pour ironiser à quelqu’un qui le contrariait qu’il avait le nez de De Gaulle. Ou bien encore les yeux de tel autre personnage. Mais celui dont il finit par adopter définitivement le nom pour en faire une idole, au point de ne jurer que par sa tête, était le redoutable Amirouche, connu sous le surnom deu Lion du Djurdjura – pour lui les héros ne meurent jamais, quelle que soit la puissance de leurs ennemis. Cet enfant intrépide, qui ne se souciait de rien, n’a pas raté l’occasion inespérée, à ce moment précis, à l’endroit même où la compagnie venait de passer devant nous à quelques mètres seulement, pour se mettre à gueuler en vidant sa colère incontenable sur son frère qui le taquinait, en ces termes, à très haute voix et de façon très distinctive : « Je jure sur la tête de Amirouche que je vais te tuer, oh Yazid de m… ! Je vais d’écrabouiller ton portait de Mohand ath M., harki ! Va, tu n’es pas mon frère, tu es plutôt le frère à Ouali Ath O. ! » Cette avalanche de mots, débités sans interruption à voix porteuse, n’a pas manqué d’attirer le regard de tous les soldats qui étaient à proximité du lieu où se déroulait la bagarre entre les deux ennemis et non moins frères de père et de mère. A cet instant précis – et comme à la parade, tels des joueurs de baby-foot guidés par le même mouvement – tous les regards se tournèrent brusquement vers l’endroit d’où fusait ce terrible nom de Amirouche, d’une voix aigue et vibrante en même temps. Une sorte de réflexe conditionné avait saisi subitement la file de soldats qui s’étaient retournés comme s’ils s’apprêtaient à découvrir soudain ce redoutable guerrier en face d’eux, surgir de derrière un arbre, ou à travers un mur de ces mechtas alignées face au camp. J’avais deviné que tous les soldats F.S.E et F.S.N.A, tous grades confondus ou simples hommes de troupe, connaissaient parfaitement le terrifiant nom de Amirouche. Enfant indigène de surcroît inculte que j’étais à cet âge car, privé de tout, j’avais vite compris l’ampleur du combat que livrait ce redoutable guerrier à une puissance pourtant surarmée. J’ai surtout compris que la suprématie, dans un conflit armée, ne résidait pas seulement dans la puissance de feu mais qu’aussi dépendait de l’audace et de l’intelligence des chefs militaires. En un mot, de la stratégie dans la manière de livrer bataille à son ennemi. C’est cela la guérilla. L’onde de choc qui s’était répandue au sein de cette compagnie était telle que, nous, enfants insouciants, étions d’un coup saisis de perplexité – une atmosphère de méfiance, inexplicable, contagieuse s’était soudainement répandue autour de nous, suivie d’un silence effrayant tant du côté de tous ces éléments de l’armée d’occupation que du côté de ces enfants indigènes que nous étions – tous âgés entre 7 et 10 ans. Nous avions tous compris à ce moment-là, soldats français et enfants de fellaghas que nous étions, qu’un monde séparait nos deux cultures, et surtout nos deux philosophies, nos deux religions. Ils sont les envahisseurs, nous sommes les autochtones, les propriétaires des lieux. Ils sont là pour nous asservir, nous exploiter, nous voler, nous martyriser. La terreur du colonel était le remède au système inique, violent, criminel, qui s’installait progressivement dans notre pays. Cela fait 4 ans déjà que le camp d’Iferhounène a été installé chez nous, la situation allait pour nous de mal en pis : frères et pères tués, oncles emprisonnés, biens saccagés, il ne subsistait pour nous que les chamailleries de frères et sœurs livrés à eux-mêmes et sans ce précieux intermédiaire conciliateur, nos pères. Il ne restait pour nous que la guerre, sans autre issue que la mort. Mon père avant de mourir nous a légué cette phrase lapidaire : « Maintenant que Amirouche est mort, qu’il ne subsiste aucun d’entre nous ! Mourrons tous, car c’est l’unique alternative qui nous est laissée. Le colonialisme vit au détriment du colonisé. Il l’avilisse, il le martyrise, il l’appauvrit, en un mot le détruit progressivement. » Nous, enfants indigènes et aussi enfants de fellagas, étions prédestinés à une autre vie, pas celle de pacifiés, assimilés aux Européens. Nous sommes mis dans un état de rébellion pathologique par les conditions de dénuement total qui nous sont imposées par l’envahisseur. L’école française que nous avions commencé à fréquenter n’a fait que réveiller en nous les braises d’un feu mal éteint : la haine de celui qui nous a privé de tout : d’abord de l’affection de nos pères, ensuite des moyens de survie. Nos biens ont été lapidés et nos maisons confisquées. La puissance coloniale aura réussi à reproduire en nous, enfants innocents, ce que, eux, appellent par confusion délibérée, préméditée, des futurs terroristes que par conséquent, il faudra, tôt ou tard, penser à éliminer. Des rebelles à vouer à la corvée de bois. La corvée de bois ! Quelle subtilité barbare ! Comment l’esprit d’enfants d’indigènes insouciants peut-il admettre que l’on puisse montrer sa force, sa puissance devant un homme sans arme et, par-dessus tout, faire croire à l’humanité toute entière, à l’histoire de l’homme, que le condamné, victime d’une exécution préméditée, sans aucun jugement, qu’il a tenté de fuir. Pis encore, l’infortuné est tué avec cet espoir d’être libéré pour retourner à ces enfants chéris qui l’attendent pour continuer à vivre. Comment des dirigeants d’une puissance militaire, d’une nation qui a vu naître et grandir les droits de l’homme, puissent-ils admettre que de tels crimes aient lieu sous leur commandement ? Peut-être avaient-ils été les commanditaires ? Quelle grandeur pourrait-on reconnaître à ces stratèges politiques et militaires qui ont été formés dans les écoles de Victor Hugo, Ronsard, Montaigne, Voltaire et Pascal ? Mon Dieu, quelle sauvagerie est cette culture occidentale ?! Et ces soldats français, dont la plupart avaient moins de 30 ans, peut-être à peine 20 ans, malgré proches de nous, en tant qu’êtres humains pensants, n’avaient-ils pas d’autres alternatives que celle de nous réduire à néant. Ils étaient en fait conditionnés pour cette mission. Il ne faut pas leur en vouloir, car moi-même j’ai été jeune, et de surcroît orphelin et fils de fellagha, je ne suis pas un saint, et pourtant, je me souviens que mon seul péché était de dévaliser l’école primaire de ses plus jolis livres pour en arracher les images. Rien que cela. Je n’ai pas tué et préfère pour cela mourir que de mettre fin à la vie d’un être humain. Ces jeunes Français appelés sont, pour la plupart, comme moi, j’en suis sûr. Pour preuve, des soldats dont je n’ai retenu que le prénom ont pris notre partie. Guy, Marcel, Robert, Madame Boucher, femme d’un non moins lieutenant de la SAS étaient des soldats français FSE. Ils nous ont protégés et protégé nos mères et nos sœurs. Cette compassion des appelés français, enseignants, m’a évité de faire la confusion plus tard entre les crimes, les nazis et les soldats français et réussit à faire la part des choses. De ce côté-là, paradoxalement, tout en étant musulman entier, j’applique le commandement qui est pourtant adressé aux chrétiens : tu ne tueras point ! Ces soldats FSE prendront assurément conscience de leur erreur plus tard… quand le moment de la remise en cause inéluctable viendra. L’heure de vérité sonnera pour eux quand ils seront proches du tombeau et feront leurs adieux aux vivants ici bas. Mais que dire alors des harkis qui ont choisi, volontairement, ou sans se rendre compte, de se positionner contre leur propre peuple, leurs propres frères, pour défendre une cause perdue d’avance, une cause injuste, des intérêts d’une nation en proie aux difficultés socio-économiques. Et même les citoyens français, engagés temporairement, n’arrivaient pas à justifier vis-à-vis de leur conscience leur engagement, leur prise de position en faveur de l’Algérie française. Ils étaient et continueraient à mourir pour certains pour des idéaux, des enjeux qui ne les touchaient ni de loin ni de près. Ils servaient un système qui perpétuait la domination et la servitude des hommes favorisés et bien servis par le système non moins exploiteur, non moins injuste et non moins ingrat déjà à l’égard de ses propres membres qui s’efforcent en vain de croire, malgré eux, en l’honneur de la France dans cette affaire d’extermination d’autres hommes, d’asservissement d’autres femmes et d’enfants d’un pays soumis par la force et la tyrannie, le leur qui leur a volé leur jeunesse, pour un résultat inutile. Pis encore !déshonorant. Pour ces Français, harkis ou fellaghas, ce sont les mêmes doigts d’une seule main qu’il faut, à défaut d’exploiter, éliminer. Le colonialisme porte en lui les germes de sa propre négation. Amirouche était devenu un dieu dans l’esprit de ces enfants indigènes, orphelins, ou privés de l’affection de leurs pères croupissant dans les geôles depuis déjà plusieurs années. Ils seront les futurs fellaghas, si la guerre venait à perdurer. Le cas de 7 enfants alignés là devant cette puissante compagnie de chasseurs alpins, avec à leur tête un lieutenant foudre de guerre, livrés à eux-mêmes, se chamaillant pour briser la domination de leurs aînés, sous l’œil indifférent de ces chefs de guerre, roumis, mais ébranlés par cette culture terroriste qui classe l’enfant indigène kabyle déjà dans sa destinée de futur fellagha, l’opposant du coup à celui des harkis. C’est cela ce que la propagande coloniale appelle l’opposition ou le conflit fratricide. Les noms de harkis tels que Doumra, Ouali Ath O., Mohand T., Mohand Ath M. étaient déjà entrés dans le langage populaire, mais comme des surnoms chargés de tout leur poids péjoratif et il n’était pas surprenant de vous entendre, en ces temps de guerre, être surnommé par des noms authentiques mais usés comme simple sobriquet. Amirouche, même mort par contre comme, disait Conroux, continuait de faire peur. C’est le symbole de la justice forte, efficace et opposée à la force tyrannique du colonisateur.
L’auteur est retraité
Source : http://www.elwatan.com/spip.php?page=article&id_article=85094
Abdenour Si Hadj Mohand
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Commentaire de sihadj.abdenour (25/02/2008 00:16) :
Guerre d’Algérie 1954-1962
Accrochage à Iril El Arvi
Iferhounéne
Eté 1961, toute la région d’iferhounéne était plongée dans le noir d’une
nuit fraîche sans étoile, ni clair obscur. À 150 mètres seulement du
village est posté depuis 1956 le camp des chasseurs alpins entouré de fils
barbelés et quadrillé aux quatre coins cardinaux par des blockhaus.
Régulièrement les soldats roumi, accompagnés de supplétifs autochtones,
venaient visiter le village non pas pour un Salem alikoum (1) plein de
courtoisie pour ces kabyles à l’hospitalité légendaire, mais bien pour
s'adonner aux fouilles et aux interrogatoires d’une population déjà
fortement ébranlée par les premières exécutions sommaires et les fréquentes
attaques nocturnes des éléments solidement armés du redoutable colonel
Amirouche.
(1) Salem alikoum : que le salut soit sur vous
Cette horde de fse et fsna, vient souvent la nuit arracher brutalement à
leur sommeil profond, ces montagnards innocents, primitifs j’allais dire
sans aucune connotation péjorative. La trouille, la faim, le froid règnent
déjà en maîtres absolus dans cette atmosphère de guerre, de mort.
Cette nuit, ils étaient nombreux, ces fsna envoyés en renfort à partir de
Palestro (2).Ces soldats français d’origine algérienne, on les appelait ici
chez nous, les Imnouchens (2).
(2) imnouchens : c’est le nom en kabyle donné aux supplétifs de la région
de Palestro ( Lakhdaria) qui sont dispatchés sur d’autres régions de
Kabylie
Ces imnouchenes, vont se fondre dans cette compagnie composée de plusieurs
sections de FSE, FSNA, et de harkis originaires des villages avoisinant.
Il y en aurait même de nos voisins, sans doute un peu trop jeunes pour se
manifester de façon agressive.
Cette nuit qui restera gravée dans la mémoire de tous ces indigènes kabyles
Sera témoin pour l’histoire de la Kabylie d’un violent accrochage entre
fellaghas et les éléments supplétifs fsna, ces imnouchens, encadrés par les
chasseurs du lieutenant HEIM.
A contrebas du village iril El Arbi (Ath ARVI en kabyle) à 1 km à peine à
vol d'oiseau et à moins de 3, en empruntant la piste carrossable et
sinueuse, un dur accrochage venait de se produire, opposant un groupe de
maquisards retranchés dans une grotte au lieu dit thilmanthine (3), aux
militaires français qui les avaient encerclés.
(3) thilmathine : champ situé à contrebas du village ATH ARVI, et
surplombant le village TIKILSA, sur le trajet de l’oued Tirourda.Ce nom de
camp, comme, il est courant chez les kabyles, est donné pour signifier les
prairies.
Cet accrochage va mobiliser des renforts militaires mais aussi des hommes
kabyles puisés dans la population civile. Le repère des fellagas cerné, mis
dans un état de siége, attendait des renforts et des munitions du camp
d’iferhounene. Il était à peine 6 heures ou 7 heures du soir.
Une section complète des chasseurs alpins, dans laquelle figurait le
redoutable harki du nom de Mohand T s’est déplacée au village vers 8
heures du soir pour réquisitionner, hommes et bêtes de somme, et mon frère
abdallâh, Houche Tahar, Si Hadj Mohand s, Belkadi A, Samer M feront partie
du lot. Ils seront sans doute utilisés comme instruments, moyens ou
Simplement comme chair à canon dans cette sale besogne : assurer
l’acheminement des caisses de munitions, et des rations alimentaires pour
ces embusqués dans la forêt au pied du piton sur lequel de loin, nous
apparaissait, perché au sommet, le village Iril El Arbi. (4)
(4) Iril El Arbi : nom donné par la France coloniale au village kabyle ATH
Arvi , situé entre les villages de Soumer et Iferhounéne.
Le chemin emprunté, accidenté, s’étirant sur un relief escarpé, avait été
bifurqué sciemment pour éviter tout accrochage ou embuscade qui seraient
provoqués par la présence d’éventuels groupes de fellaghas qui font légion
dans cette partie du territoire.
Le convoi doté de bêtes de sommes devait emprunter un itinéraire des plus
irréguliers, pour tromper sans aucun doute la vigilance des guetteurs
kabyles qui se sont montrés très efficaces dans leurs missions courageuses
et dangereuses.
Au départ du village, le harki notoirement connu en l’occurrence Mohand T.
commençait à proférer des menaces en direction de mon frère Abdallâh qui
devait avoir à cette époque à peine 17 ans.
Il avertit d’emblée les autres supplétifs et harkis en le désignant tout
de go, qu’il ne fallait , en aucun cas faire confiance à un frère doublé de
fils de fellagha, à ce jeune à la tête dure et dont les prédispositions à
devenir terroriste ne trompent personne. Son frère, son père, son oncle et
ses neveux sont des maquisards de première heure, et tous sans exception
ont été abattus, pour le grand bonheur de la France coloniale certes mais
non pour ce harki qui se bat pour une cause perdue d’avance au mieux, au
pire pour un idéal qui n’en est pas un.
On s’avisa, bien sur , vite de l’isoler du reste du groupe de civils
kabyles réquisitionnés pour cette opération - le harki Mohand Précisait de
plus en plus sa menace de tuer mon frère dans le cas ou il ne coopérerait
pas.
Il s’adressa à lui en ces termes, pour, d’abord le terroriser :
- « Avec la volonté de Dieu, ce sera aujourd’hui ton dernier jour. tu ne
reviendras pas vivant de cette opération. je te le promets »
La réponse de mon frère ne s'était pas faite attendre et , le moins
que l’on puisse dire est qu’elle était chargée de toute la rage et du
dégoût que l’on doit à cet ennemi , le colonialisme français ,qui l’avait
déjà privé de tous les soutiens dont il pouvait avoir besoin dans pareilles
situations de guerre : son frère Chérif tué en 1957 au village Mahmoud ,
son père Hanafi , froidement assassiné , sa tante Zineb , tuée dans une
embuscade ,à Ait Ouatas lors de l’opération jumelle, son oncle Mohand
Ouamar tué dans un accrochage non loin de Bouessaoud , à la même époque ,
son neveu Mbarek également tué dans une embuscade non loin de ichariden en
1960.
Sa voix se fit alors défiante, entrecoupée de sanglots, il perdit à ce
moment, toutes ses inhibitions devant cet ennemi ignorant le bon sens et
la logique des choses. Il cracha alors son dégoût dans un ultime courage
d’un jeune homme dont on s’attelait à briser la personnalité, la virilité,
l’existence même en tant qu’homme. Son équilibre psychologique risquait
alors de prendre un coup, et il ne pourrait s’en remettre de cette épreuve
qui était faite pour le marquer à jamais, s’il s’en sortait vivant. C’est
le traumatisme irréversible, ce que les stratèges coloniaux font passer
dans leur opinion publique en usant de termes cyniques, effrontés et
éhontés : les dégâts collatéraux.
Il était dans un état second , et il avait un instant perdu tous ses freins
psychologiques,et dans une sorte de prière adressée à Dieu ,pour une
dernière fois , s’adressant au harki qu’il arrosa copieusement de paroles
assassines ,mais néanmoins venues du fonds du cœur :
- « Si Dieu le veut bien, tu périras avant moi ! Oh Mohand T. Je suis
très confiant en Dieu, et quelque chose me dit que tu seras mort avant moi.
Donc je survivrai bien longtemps à toi. Tu auras tout le temps de le
vérifier ». En effet, la suite des événements, et l’avènement de
l’indépendance nous confirmerons que cette prière sera non seulement
entendue mais qu’elle sera exaucée dans des conditions horribles. Dieu n’a
t-il pas été clément envers les égarés ou bien a-t-il réservé au péché le
châtiment idoine ?
A cette réplique Mohand T réagis avec stratégie pour se venger de ces
offenses venant d’un fils de fellaghas, d’abord en encaissant le coup, et
ensuite en tentant d’exposer sa victime à la vindicte des harkis, fsna et
fse tous confondus. Les soldats présents, emportés par le manége de Mohand
T qui avait mis toute la force de ses arguments et son énergie pour attirer
la méfiance sur lui en le présentant comme un fils, également un frère,
ensuite un neveu de fellaghas. puisque toute la famille est considérée «
famille de fellagas ». En effet cela se justifiait amplement dans les
faits. Les arguments que ce harkis haineux avait déployés ne nécessitaient
pas trop d’efforts et valaient autant de preuves irréfutables, pour être
acceptés, avalés même sans difficulté par cette bande très encline à tuer
tout ce qui leur paraissait à leurs yeux, de prêt ou de loin, ressembler
aux fellaghas, dans ce bled qui, pourtant les a vus naître et souffrir et
grandir.
Il finit donc par faire admettre aux autres soldats que ce jeune Abdallâh
n’était autre qu’un indicateur des « fels » (5), et donc un futur fellagha
en puissance.
(5) Fels : diminutif de fellaghas : mot utilisé par les colonialistes pour
designer les maquisards algériens. les artisans de la colonisation usent
beaucoup de termes méprisants comme : fellouzes, les rebelles, les
terroristes.
On isola abdallâh des autres et on l’attacha à un des ânes qui ont servi à
transporter les munitions et les provisions alimentaires sur les lieux où
se déroulait le bouclage.
toute la nuit durant , tout ce monde attendait le lever du jour pour lancer
une offensive sur les éléments FLN , encerclés depuis déjà plus de
24heures, retranchés dans ce trou qui surplombe la position des militaires
de l’armée française., sans que ceux ci puissent les atteindre.. Un
véritable siège qui a duré jusqu’au matin.
Les 3 maquisards ne pouvaient alors s’échapper du trou dans lequel ils
s’étaient terrés. A ce moment, les éléments qui encerclaient la grotte se
mettent à attaquer nos 3 djounouds usant d’un feu nourri de toutes leurs
armes y compris le gaz asphyxiant.
« Les rebelles » acculés sans doute par la puissance de feu et bientôt la
raréfaction de l’air à l’intérieur de la grotte à cause de la fumée qui
avait envahi l’atmosphère. gênés dans leur respiration par les gaz,ils se
sont mis à tirer presque au hasard et subitement, nous voyons, l’un d’eux
surgir du trou de la grotte, donnant l’impression d’être éjecté, propulsé
par une catapulte. Il fut accueilli en l’air, par un feu nourri. Et
pendant qu’il culbutait dans l’espace, il tressautait à l’impact des balles
des armes qui continuaient à déverser sur lui un déluge de feu. Il continua
son vol plané sur une distance de plus de 100 mètres pour atterrir dans une
cuvette, une sorte de bassin rempli d’eau de rivière d’une profondeur de 1
mètre.
On pouvait alors très visiblement distinguer le corps de cet homme de
corpulence, Ouazzeddine, un natif de Taourirt BOUDHELES, un village non
loin de TIFILKOUT.
Mitraillette aux poings, il atterrit au sol la tête en bas et les pieds en
haut, au bord du bassin du roumi, en kabyle thamdha ouroumi (6) sa
mitraillette lui ayant échappé des mains ira se flanquer contre le talus,
quelques mètres plus haut que son corps terrassé par les balles assassines
qui ne cessèrent de lui transpercer le corps.
(6) Thamdha Ouroumi : traduit littéralement : la mare du Roumi, un espèce
de bassin naturel formé dans l’oued Tirourda. À cet endroit la profondeur
de l’eau pouvait atteindre pus d’un mètre.
A ce moment, Plus aucun tir, un silence macabre envahit l’atmosphère. On
obligea alors mon frère à descendre au fond de la rivière ou gisait le
corps inanimé du moudjahid.un homme robuste ,80 kg, beau, perdant son sang
dans le bassin débordant d’eau de rivière. Il devenait de plus en plus
clair,et sa peau prenait une couleur argentée, en même temps que son visage
s’illuminait,pour donner l’impression d’un enfant qui dormait d’un sommeil
tranquille, un bébé détendu , à qui ne maquait que le sourire pour rayonner
de toute son innocence et sa splendeur. Il venait de nous quitter, pour de
bon, et les multiples tentatives pour le remonter au niveau du groupe qui
juchait au-dessus de la tête de Abdellah, mon frère, ont été vaines tant
cet homme paraissait, à cause de l’effet de l’inertie, peser plus de 200
kg. d’une part , et le relief escarpé ; ne permettait même pas d’essayer de
crapahuter avec un poids de cette taille sur le dos, d’une autre part.
On commença alors à lapider mon frère du haut du talus, en se moquant de
lui.
Pendant qu’il essayait en vain de remonter ce corps qui, maintenant a perdu
tout son sang et, devenu très clair et brillait à la lumière du jour, on
dirait un poisson argenté qui scintille aux rayons du soleil, on ordonna à
mon frère de desserrer la ceinture du mort et de récupérer ses rangers.Ce
qu’il fit sans protester.
Pendant ce temps, les harkis continuaient de lapider, en bas, mon frère.
On lui demanda de reconnaître le fellagha.en vain. Mohand T s’improvisa
alors meneur de l’interrogatoire :
- « le connais tu ? » demanda t il à mon frère.
- « non ! » lui répondit il, sèchement.
Vers 10 heures trente, arriva alors sur les lieux, le lieutenant Boucher
en provenance du camp….
Il vint immédiatement aux informations.Un compte rendu rapide lui fut fait
par les harkis zélés. Et c’est à qui narrer les faits le plus promptement
au lieutenant. : 3 MORTS, dont 2 par asphyxié à l’intérieur de la grotte.
Tous fellaghas armés. deux seront vite identifiés par nos villageois sans
que les militaires n’aient obtenu de précision : Hormis celui dont nous
avions parlé plus haut , enl’occurrence Ouazzeddine , le deuxième , Ali
serait d’origine de Ait NZER , un village non loin de Ahdouche.Quant au
troisième personne ne pouvait donner une quelconque indication à son
sujet.Observant la situation lamentable dans laquelle se trouvait ce jeune
kabyle de 17 ans, mon frère en l’occurrence, Le lieutenant qui venait
d’arriver a vite compris qu’il pouvait être en danger de mort. , en voyant
l’acharnement des soldats fsna.il ordonna alors à tous les soldats de
cesser ce manège. Quelques Imnouchens continuaient cependant de lapider
donnant l’impression de se ficher royalement de leur supérieur.
Pris dans un accès de colère, le lieutenant menaça alors quiconque
continuerait de lui désobéir. il ordonna que l’on cessa toute agressions
contre mon frére.il prit alors l’initiative du commandement et demanda du
haut du talus, à Abdellah , pendant que ce dernier continuait à tenir
compagnie au cadavre du fellagha : « est ce que vous pouvez comprendre ce
que je peux vous dire ? ».MOHAND T s’empressa de traduire en kabyle les
paroles du lieutenant en assortissant ces paroles de menaces. « Il te
demande est-ce que tu vas répondre à ses questions en disant la vérité ?
»
Réponse de mon frère Abdellah en kabyle :
- « mon lieutenant, il veut me tuer ! »
Le lieutenant Boucher :
- « demande lui de choisir quelqu'un pour lui traduire ce que je dis
».on lui expliqua ce que venait de dire le lieutenant .Il s’empressa,
cependant de répondre toujours en langue kabyle :
- « expliquez à mon lieutenant que je ne peux accepter comme interprète
ni Mohand T ni Y.M, Ni BM, »
Le lieutenant :
- « alors qui veux tu prendre comme interprète pour te faire comprendre
? ».Et mon frère Abdellah de répondre :
- « je veux que ce soit Mohand Ouidir Ath M qui traduise ce que je dis au
lieutenant et qui m’explique ce que me réponds le lieutenant" »
Alors le lieutenant commença à poser ses questions
- « pouvez vous reconnaître le corps de ce fellagha mort qui est devant
vous ? »
Le supplétif MOhand Ouidir Ath M traduisit cette phrase non sans encourager
mon frère :
- « Écoute !il te demande si tu connais cette personne qui gît devant tes
pieds, vas y parle ! Ne soit pas effrayé. Tu n’as rien à craindre.
J’arrangerai la traduction. Il te suffit de remuer les lèvres, le reste je
m’en occupe »
En même temps qu’il traduisait Mohand Ouidir Ath M. encourageait mon
frère.Reprenant son courage à deux mains, mon frère finit par dégeler sa
situation et se mit à déverser toute sa rancune sur ce supplétif, qui lui
avait jusque là rendu la vie très dure, en l’occurrence Mohand T, puisque
l’occasion d’or venait de lui être offerte par ce harki et non moins
patriotique Mohand Ouidir ath M.
Pris dans cet élan sentimental, il finit par se hasarder dans une aventure
de discrédit du terrifiant Mohand T.
- « écoute Mohand Ouidir Ath M , je te demande de traduire intégralement
ce que je vais dire au lieutenant Boucher , que j’ai été frappé et menace
par Mohand T. dis lui qu’il a juré de me faire la peau, vas y traduit, je
t’en supplie Mohand Ouidir ! »
Sans attendre la traduction, le lieutenant avait saisi quelques mots qui
pouvaient suffire pour comprendre le danger qui guettait mon frère. Suite à
cela, il ordonna ferment à tous, en martelant ses mots :
- « je vous avertis cette fois, que s’il lui arrive quoique ce soit à ce
jeune, vous me le payerez très cher ».
Le lieutenant savait tout sur mon frère. Quand on est lieutenant de SAS,
inutile de se faire narrer que ce jeune Abdellah était bel et bien issu
d’une grande famille de fellaghas. Il savait que le qualificatif dont
l’affublait le Harki , le futur fellagha , disait il à qui veut
l’entendre, n’était qu’une psychose d’un individu qui se sentait rangé du
coté d’une cause qui n’était pas la sienne, et, qui plus est, cette cause
ne pouvait le servir dans l’avenir. Mohand T avait senti, ce jour que le
pouvoir ne lui appartenait pas et que ses méfait, sa capacité de nuisance
étaient, tout de même, limités par L’ordre colonial qui, lui, avait un
autre objectif, un autre dessein que de satisfaire l’esprit agressif et
belliqueux d’un kabyle faible d’esprit, ignorant ses origines et
n’envisageant aucune perspective claire d’avenir pour ses propres idées si
tant est qu’il en avait quelques unes.
L’histoire retiendra également que ce supplétif zélé ne profitera pas des
effets positifs de la France coloniale
Extrait du livre « Kabylie : la guerre vécue »
1954-1962
Du même auteur :
1. fils de fellagha
2. La guerre franco algérienne dans la poésie populaire kabyle
3. la guerre vécue par un chasseur alpin en kabylie
4. les troupes du colonel Amirouche
5. la Kabylie : la guerre vécue-1954-1962
www.publibook.com
sihadj.abdenour@hotmail.com |
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Commentaire de sihadj.abdenour (29/02/2008 01:32) :
9
Préface
Un chasseur alpin raconte sa vie. Un fils de « fellagha »
raconte la sienne. Ce qu’elles ont de communs, ces deux
existences : le lieu du déroulement du drame, Iferhounéne,
un village kabyle posté depuis l’ère des quinqué gentii1 sur
un mamelon qui fait face à l’imposante chaîne du djurdjura.
En y installant leur camp dés 1956, les forces
d’occupation avaient visé un objectif stratégique, inspiré
de la nature même du relief escarpé et de la position dominante
du chef lieu de cette portion du territoire
algérien : Observer les mouvements des villages environnants
: Tifilkout, Ait arbi, Ait Hamou, Ait Mansour,
Barber, Taourirt Ali Ouanacer, Tikilsa. Quant à Haadouche
et les autres, même cachés, ils ne seront qu’à quelques
minutes de marche de là, à portée de canon.
Jadis panorama touristique pittoresque, le Djurdjura allait,
des années durant, offrir une image apocalyptique ou
se mêlent tous les malheurs d’un peuple marqué par son
histoire déjà trop agitée : batailles sanglantes, embuscades,
ratissage …torture, viols, exécutions sommaires.
Le chasseur et le fils de fellagha, ont passé ensemble
une partie de leur vie, face à face, chacun de son coté de la
barrière… Du barbelé qui sépare le village du camp militaire.
Sans se connaître, ils ont vécu les mêmes
événements historiques qu’ils ont ressentis chacun à sa
1 quinqué gentii. Terme romain, utilisé pour designer les 5 premières
tribus berbères installées au flan DJURDJURA, appelé par les romains,
Mons Ferratus ou montagne de fer, en raison de la résistance
farouche opposée à l’occupant.
10
manière, selon ses propres convictions. Différemment,
voire parfois même antagonistes, malgré le point commun
qui peut rapprocher les hommes dans certaines circonstances,
dans leur pensée, deux hommes épris de paix et de
justice.
Dans la première partie de cette oeuvre ; Le chasseur alpin,
nous livre les secrets de cette courte période de son
service militaire, passée à livrer bataille malgré lui, à un
ennemi invisible, au lieu disait-il, de séjourner en touriste
insouciant dans ce qu’en métropole, on appelait, fanfaronnerie
ironique « les vacances algériennes. »
Je ne dirai rien de sa vie privée, et ne porterai aucun
commentaire sur ses sentiments exprimés, dans ce livre
qui a le mérite de nous dire des choses authentiques, sans
détours, sur le drame vécu par le peuple algérien.
Si l’histoire est authentique, les noms des acteurs ont
été changés sciemment pour des raisons évidentes de respect
de la discrétion. Mais cela ne leur enlève en rien, la
reconnaissance du mérite ou la condamnation de l’opinion.
Nous laissons le soin sur cet angle, à l’Histoire pour en
juger.
A coté des faits véridiques endeuillants relatés par le
soldat, le narrateur a voulu mettre une place à l’amour, aux
sentiments positifs, à travers cette édile pour la Femme,
avec un grand F incarnée par YASMINA qui aurait pu
s’appeler Lila ou khelidja, ou encore Jacqueline, et résider
à Ait El Mansour, Taourirt ou encore Iferhounée, Tifilkout
ou Iril El Arbi ou tout simplement Lyon, Marseille, Nantes
dans un contexte de paix
Cette histoire est le fruit de la pure imagination délirante
du soldat français, pour rendre moins pénible, moins
cruelle, moins insupportable la vie, quand la mort est devenue
la rançon quotidienne pour tous, de quelque coté du
conflit où l’on peut se placer.
La deuxième partie de ce livre est consacrée aux récits
des faits de ces événements à la même période, vu d’un
11
oeil d’enfant innocent, qui n’avait que 4 ans et grandi dans
le fracas des armes jusqu’à l’age de 12 ans, pour finir seul,
privé de tous ses parents happés par la machine de guerre
infernale d’une puissance militaire. Ils sont 8 hommes de
la même famille, tous dans la force de l’age, en bonne
santé, bien éduqués, lettrés, à être tués par l’armée française,
entre 1958 et 1960, tous les armes à la main. Ils
étaient, ce que la propagande coloniale appelait « les Fellaghas
», et, que l’enfant de la guerre, fils de « fellagha »,
lui, a toujours pleurés, en secret, dans ses moments de plus
grande solitude. Pour lui, il ne subsiste aucun doute : ils
sont morts pour leur patrie, en martyrs de la révolution.
Cette oeuvre se veut un témoignage fort sur le sacrifice
du peuple algérien, le drame des hommes, des femmes et
des enfants colonisés, dominés, maltraités, torturés, assassinés.
Il est aussi une lueur d’espoir pour les générations montantes
de pays développés pour refuser, rejeter le fait
colonial et condamner la guerre.
Livre 1
Un soldat français m’a raconté…
Un épisode de la guerre d’Algérie
qui s’est déroulé dans mon village :
Iferhounéne (Kabylie 1958-1960)
Première partie
17
Insouciance
Août 1957, la date fatidique approchait, au mois de septembre
je serai convoqué pour effectuer mon service
militaire.
Ainsi une partie de ma vie s’achevait. Ma bicyclette
appuyée contre un arbre de la forêt de Senlis, j’étais allongé
sur un tapis de mousse et regardais le ciel bleu azur à
travers le feuillage d’un chêne centenaire. Mon enfance
me revenait en mémoire, toute ma tendre et heureuse jeunesse
passée dans ce quartier populaire de la Villette où se
côtoyaient Français, Italiens et Algériens sans grande harmonie
mais sans trop de problèmes. Les années de guerre
avaient eu raison des petites économies de mes parents,
consacrées en grande partie à l’achat de denrées payées au
prix fort, qui permirent à ma soeur et moi de nous alimenter
à peu près correctement.
Les instituteurs de l’école primaire de la rue de l’Ourcq
m’amenèrent jusqu’au certificat d’études que j’obtins facilement,
mais sans grand mérite, car j’apprenais facilement
et souvent mes leçons étaient retenues sur le chemin menant
à l’école.
J’avais passé avec succès l’examen d’entrée en sixième
du lycée Colbert, mais mon père, sachant qu’il ne pourrait
faire face à de longues et coûteuses études malgré les
bourses délivrées chichement, décida que j’apprendrais un
métier manuel. J’avais une préférence pour le métier
d’électricien, mais ma brave maman, gardienne d’immeu18
ble, (on disait concierge à l’époque, d’une façon moins
péjorative que maintenant) avait l’estime de "ses" locataires
et au cours d’une conversation avec une demoiselle de
l’immeuble, celle-ci lui fit part des avantages des métiers
des arts graphiques.
C’est ainsi qu’au mois de septembre 1951 la grande
famille des typographes comptait un apprenti de plus.
Merci chère maman de m’avoir fait épouser le plus beau
des métiers, hélas, obsolète aujourd’hui.
C’était le début de ma vie professionnelle, mais je ne
quittais pas pour autant l’enseignement général ; tous les
mercredis pendant quatre ans, je retrouvais les bancs et
ateliers de la prestigieuse École Estienne ; les professeurs
nous enseignaient avec autorité et compétence de solides
cours théoriques et pratiques sur les métiers de l’imprimerie.
Tous les soirs je rentrais chez moi vers 17h30 ; après
une rapide toilette, je rejoignais mes copains au café "La
Mandoline", c’était notre lieu de rencontre habituel ; le
petit groupe que nous formions était sans histoire ; tout le
monde nous connaissait, les quelques voyous du quartier
eux-mêmes nous saluaient, nous avions usé nos fonds de
culottes sur les mêmes bancs d’école ; pour eux, nous faisions
partie du paysage depuis toujours et ils nous
fichaient une paix royale. Nous avions de bons rapports
avec les Italiens et les Maghrébins qui malgré leur nombre
élevé se faisaient discrets.
Après avoir dégusté une ou deux boissons non alcoolisées
(le lait grenadine était très à la mode à cette époque),
nous "montions" nonchalamment jusqu’au métro "Crimée"
pour y retrouver d’autres copains et surtout nos
chères copines… J’étais très amoureux de Denise. Avec le
recul je pense qu’il s’agissait plutôt d’attirance physique ;
ce sentiment qu’inspire une jolie fille de dix-huit ans à un
sihadj.abdenour@hotmail.com |
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Photo du village de Tassaft (al koucha) dans les années 70.
27/12/2007 04:45
Tannemirt à Ali Ait-Mohand de Jijel pour l'envoi de la photo.
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Littérature : Des vérités sur le colonel Amirouche
08/08/2007 02:45
Vu la profonde relation qu’avait l’auteur avec le colonel Amirouche, surnommé "le lion de la Soummam", Djoudi Attoumi a voulu rendre hommage à l’un des plus illustres et emblématiques personnages qu’a connu la wilaya III durant la Guerre de Libération.
Après le succès qu’a eu son premier livre qui évoquait la vie du colonel Amirouche, intitulé " Le colonel Amirouche entre légende et histoire ", (tome I), publié en 2004, l’auteur Djoudi Attoumi vient de sortir son deuxième ouvrage qui est une suite du premier, Le colonel Amirouche à la croisée des chemins, (tome II), publié aux éditions Ryma.
Suite à la réussite du premier ouvrage, l’auteur a reçu des demandes venant des lecteurs qui s’intéressent et qui veulent connaître l’histoire de l’Algérie qui demeure très méconnue. Par conséquent, il lui a été demandé d’écrire une seconde œuvre qui donne beaucoup plus de détails et de vérités sur ce personnage historique.
Vu la profonde relation qu’avait l’auteur avec le colonel Amirouche, surnommé "le lion de la Soummam", Djoudi Attoumi a voulu rendre hommage à l’un des plus illustres et emblématiques personnages qu’a connu la wilaya III durant la Guerre de Libération. Entre autres, il voulait répondre aux écrits tendancieux de l’officier de l’armée coloniale française, et répliquer aux mensonges sur ce grand martyr qui a donné sa vie, contribué à la libération de l’Algérie, "une contribution à l’écriture de notre histoire sur la guerre de libération qui reste à réécrire objectivement et aussi un démenti aux allégations du capitaine Léger, qui a donné une fausse image du colonel Amirouche". Dans ce livre, l’écrivain Djoudi Attoumi met l’accent sur la vie du colonel Amirouche tout en dévoilant le réel visage du martyr, et en évoquant sa générosité et sa modestie, sa sympathie, sa bravoure, son courage ainsi que son intelligence malgré son faible niveau intellectuel.
Selon les deux livres de l’écrivain Djoudi Attoumi, qui dévoile ces vérités sur le “Lion de la Soummam”, le Colonel Amirouche est un personnage mythique, voire énigmatique. Retracer le parcours singulier du “Jion de la Soummam”, de 1956 jusqu’à sa mort, amène nécessairement à faire des haltes dans les principaux épisodes ayant marqué l’histoire de ce bastion de la Révolution que fut la wilaya 3, ses hauts faits d’armes, ses hommes valeureux et moins valeureux, ses moments héroïques et ses "affaires scandaleuses". La nature des rapports que le colonel Amirouche entretenait avec les autres dirigeants de la Révolution tient en une légendaire aversion à l’égard des chefs de "l’extérieur", à qui il reproche d’avoir abandonné le maquis, et de leurs supplétifs à l’intérieur. Plusieurs historiques n’écartent pas l’hypothèse que les deux colonels, Amirouche et Si El Haouès, en route vers la Tunisie en fin mars 1959, aient pu être "balancés" à partir de Tunis. Le colonel Amirouche avait une réputation de baroudeur et d’organisateur qui avait fait que le petit peuple l’a adoubé, adoré et aimait le comparer à Omar Ibn El Khattab, le troisième calife de l’Islam. Parmi les locutions à connotation prophétique, Amirouche disait aux moudjahidine : "Ne croyez pas que vous rejoindrez vos familles dès la fin de la guerre. Pendant dix ans, nous resterons dans les montagnes et chaque fois qu’un gouvernement n’œuvrera pas dans l’intérêt du peuple, nous le remplacerons par un autre".
C’est ainsi que l’auteur divulgue ces vérités sur son compagnon qui était aussi son maître qui lui a appris l’importance d’aimer sa patrie et de défendre sa dignité. l’auteur a déclaré qu’"il fait ça pour la jeunesse algérienne qui a le droit de connaître l’histoire de son pays, mais aussi pour lui transmettre le flambeau de la lutte, que eux aussi à leur tour doivent préserver et terminer la tâche des ancêtres".
Par : Kafia Aït Allouache
Source : http://www.depechedekabylie.com/read.php?id=43771&ed=MTU3Ng==
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